le deuxieme sexe idee sexe

Quelles formes typiques de mauvaise foi la situation de la femme entraîne-t-elle? Pour la libération, deux conditions sont surtout indispensables: Ainsi, elle introduisit ces problèmes dans le discours publique et les rendit de cette façon négociables. La réception aux États-Unis. Mais pas tout de suite. Aux États Unis, par contre, où le mouvement féministe était en avance, il a connu une réception plus intense.

Lors de mon colloque de , une intervenante posa la question à Kate Millett. Elle répondit assez habilement: How could it have been a source? Bien que leurs approches diffèrent entre elles, elles convergent dans une critique de la rationalité fondée sur la psychanalyse. On parle aussi de poststructuralisme. On ne peut pas supprimer le système, seulement le déstabiliser. Luce Irigaray parvient à des conclusions semblables. Mais voici la différence: La réception de Beauvoir par Julia Kristeva.

Ces derniers temps, elle intronise cependant de plus en plus Beauvoir comme grande prédecesseure dont la théorie serait, il est vrai, dépassée par la sienne. La réception de Beauvoir par Judith Butler. La théoricienne du genre, probablement toujours la plus influente au niveau mondial, a lu et Beauvoir et Sartre. Butler reconnut son erreur et, en conséquence, prit ses distances par rapport à Beauvoir dans Gender Trouble Galster c, 16 et Tidd Au total, Beauvoir paraît, comparée à Sartre, moins pessimiste et moins idéaliste.

Sans vouloir réinstaller Beauvoir dans sa position d'épigone 27 , il faut constater que leur évolution a été dans une large mesure parallèle. Tous deux se demandent à cette époque instamment comment une intersubjectivité non conflictuelle peut être fondée philosophiquement. Trois ans auparavant avait paru la Critique de la raison dialectique de Sartre où la rareté joue un rôle central.

Après ce tour à travers les théories, je reprends la question de la valeur du Deuxième sexe soixante ans après sa parution. On a vu par le jugement de Beauvoir elle-même dans quelle mesure les appréciations dépendent du lieu à partir duquel elles sont prononcées. À quel degré la théorie de Beauvoir est dépassée, à cette question chacune ou chacun doit répondre en fonction de ses propres présupposés.

Plusieurs générations de couples non seulement français ont pris pour modèle le couple intellectuel Sartre-Beauvoir cf. Certaines pensent que la théorie aurait aussi servi aux hommes à légitimer leur infidélité par exemple, Françoise Chandernagor Dans le cas de la parité en politique, qui a dominé le débat féministe des années , on peut douter comment elle aurait voté.

Mais aurait-elle préconisé la modification de la Constitution selon laquelle les partis politiques sont obligés de nommer autant de candidates femmes que de candidats hommes pour les élections? Même si Le Deuxième Sexe est peu cité en France 41 , Beauvoir est omniprésente quand il est question du genre: Élisabeth Badinter, épouse du ministre de la justice Robert Badinter qui incita Mitterrand à supprimer la peine de mort, et Sylviane Agacinski, épouse du Premier Ministre Lionel Jospin qui proposa la modification de la Constitution en faveur de la parité à Jacques Chirac, à l'époque Président de la République.

Dans le débat sur la parité, elles ont défendu, de manière tranchée, les positions opposées qui correspondent à leurs présupposés Leurs opinions diffèrent aussi dans le débat à propos de la prostitution et de la gestation pour autrui. Les débats ne passent pas seulement par les médias: La femme et la mère. Gendered Phenomenologies, Erotic Generosities. State University of New York Press. Presses universitaires de Rennes. Beauvoir und die Befreiung der Frauen von männlicher Herrschaft.

Karl Dietz Verlag, coll. Le travail critique des normes. Translated and edited by Diana Leonard. University of Massachusetts Press. Ambiguity , Conversion, Resistance. Cambridge University Press, coll.

Ideas in Context, Pour une épistémologie de la domination. Critical Essays on Difference, Agency, and Culture. Cinquante ans après Le Deuxième Sexe: Schreibende Frauen vom Mittelalter bis zur Gegenwart. Zeitschrift für feministische Geschichtswissenschaft Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Textes réunis et présentés par —. Mémoire de la critique. Le livre fondateur du féminisme moderne en situation. Entretien avec Elisabeth Badinter.

Adorno , Dialektik der Aufklärung. La vie, la folie, les mots. Hannah Arendt, Melanie Klein, Colette. Du Deuxième Sexe à La Cérémonie des adieux. The Renaissance in Simone de Beauvoir Studies. Judith Butler über das Subjekt der Unterwerfung. Traduit du suédois par Linda Schenck. Karl Dietz Verlag, Retour sur une enfance bretonne.

Présentation et notes par Arlette Elkaïm-Sartre. Ethics, Politics, and the Body in Simone de Beauvoir. Durham University Press, Simone de Beauvoir Studies. Des versions plus étoffées se trouvent dans Galster ou Galster , La ressemblance relève-t-elle du fait que les deux ouvrages — Beauvoir dans la lecture de Kojève cf. Traduction anglaise dans PMLA , janvier , Pour un féminisme de la subversion La Découverte, Galster b, et Geneviève Fraisse Fraisse , Sonia Kruks a signalé dès la position moyenne de Beauvoir Kruks , Savoir sur quels présupposés philosophiques Butler entend fonder une éthique ne semble cependant pas encore clair ib.

Mona Ozouf signale elle aussi des issues pour sortir de la fausse alternative entre universalisme et communautarisme Ozouf , sqq. Je me limite à ces travaux. Ces dernières années, elle a répété plusieurs fois dans les médias français que tout en se sentant toujours féministe sa longue expérience dans la politique lui aurait montré que le regard que portent les femmes sur le monde serait différent de celui des hommes. Agacinski et, pour Badinter, le collectif Le piège de la parité Hachette Badinter et Girard On a également consulté Élisabeth Badinter cf.

Libération , 9 septembre Leur puberté , plus précoce, est un bouleversement: On veut la jeune femme pure, celle-ci vit alors des refoulements , se réfugie dans la mauvaise foi, les fantasmes.

Les parents comme la culture préparent donc la fillette à son futur rôle de femme infériorisée. La transcendance des garçons se confirme avec le temps: Chez la jeune fille, le lien entre le corps et la psychologie est fort, entraînant angoisses et handicaps. Mais les filles ne sont encouragées ni en sport, ni dans les domaines intellectuels.

Elle est rarement indépendante et insouciante. Les filles se sentent inférieures aux garçons et se complaisent dans la médiocrité. Elles se font passives pour plaire, se modèlent sur les désirs des garçons. La passivité donne un certain pouvoir, séduit. Les rêveries des jeunes filles sont sans prise sur le monde.

Pour être dans la vie, elles chercheront plus une femme, comme leur professeur. Mais ces amours sont transitoires: Elles adorent un homme inaccessible qui leur semble supérieur à tous les autres et dont elles font une idole, et au nom de cet idéal, refusent les prétendants réels et la sexualité. Si la sexualité est acceptée, la jeune femme se fait autre, docile et inessentielle. Elle est à la fois blessée et flattée par le regard des hommes: Elle est déchirée entre le destin assigné par la société et la rébellion.

La mauvaise foi la caractérise: Mais en même temps, elle ne cherche pas à repousser les limites du monde réel. Alors la jeune fille ne fait rien, rêve, au mieux est extravagante.

Elle est préoccupée par le mariage et délaisse les amitiés féminines. Leur situation morale est également différente: La jeune femme est aliénée dans son corps, par la pénétration et la douleur. Souvent elle se révolte contre son destin sexuel.

Cette frigidité prend fin avec un amant délicat. Selon la psychanalyse, la femme a le goût pour le masochisme, aime être dominée. Étudier la lesbienne est un moyen pour Beauvoir de mieux comprendre les rapports de la femme avec les hommes et avec la féminité.

Il existe deux types de lesbiennes: Les femmes viriles seraient même des hétérosexuelles revendiquant autonomie et égalité. Les rapports avec la mère conditionnent le type de relation lesbienne: Il est difficile de comprendre une lesbienne car une comédie sociale se superpose souvent à des rapports sincères. Sa sexualité est ambiguë car tout en refusant la domination masculine, la lesbienne veut dominer une autre femme. Elle fréquente parfois des hommes si elle leur trouve des intérêts communs, mais le plus souvent elle les fuit, voyant en eux des rivaux.

La destinée traditionnelle de la femme est le mariage. Le plaisir est ainsi distinct de la reproduction, et même nié. Des tabous entravent dès le début le mariage. Le mariage ne peut donc être réussi que si le désir est réciproque. Cependant, le devoir règne encore dans le couple en Elle est gagnée par une dialectique: Les tâches ménagères sont nombreuses et répétitives, elles représentent une lutte permanente contre le mal et perpétuent sans cesse le présent.

La poussière fâche la femme au foyer en réalité révoltée contre son sort. Le ménage prenant permet une fuite loin de soi et une compensation sexuelle dans les sociétés puritaines. La cuisine a un aspect plus positif que le ménage: Le mariage est aussi discrédité: Le fossé entre le mari et la femme est encore profond en La femme est souvent plus jeune et infantilisée.

Elle est aussi intellectuellement inférieure à son mari: Il aime soumettre la femme qui dès lors se rebelle ou se complaît dans le masochisme. En même temps, elle doit faire attention à ne pas perdre son mari. Ils ignorent le vrai amour.

Il ment en affirmant que son épouse a une influence sur lui. La vie de famille est décidément très mal vue par Beauvoir, qui y voit un mari décevant, une femme rêveuse, peu stimulée intellectuellement.

En , les époux sont, du point de vue de la loi, quasi-égaux. Mais un obstacle de taille demeure: Beauvoir aborde presque immédiatement un sujet brûlant en , présenté ainsi comme une urgence: Beauvoir dresse alors un tableau désastreux du problème. Mais elle ajoute que la répression a toujours été inefficace. Beauvoir accuse les hommes démissionnaires et hypocrites, mais aussi, une fois de plus, la soumission des femmes: Beauvoir veut pour finir démonter deux préjugés: La robe représente un érotisme dans la vie sociale, rendant le mari fier et éveillant le désir des autres hommes.

La femme se fait coquette, pratiquant du sport et faisant des régimes: Elles peuvent même ressentir de la jalousie. La société confond encore femme libre et femme facile.

La prostitution est en partie une conséquence du mariage puisque le mari impose la chasteté à sa femme. Elles sont intellectuellement normales, mais incitées à se vendre par la misère et le chômage.

Souvent elles ont été déflorées jeunes, sans amour, parfois sous la contrainte. Leur souteneur est un appui moral et financier, parfois un amant, parfois un objet de haine. Elles sont des choses.

À Hollywood , les vedettes sont soumises à un esclavage: La ménopause lui fait perdre ce qui la justifiait. La vieillesse lui fait horreur car elle doit toujours plaire. Elle a une nouvelle vie imaginaire. Mais elle subit la fatalité du vieillissement.

Lorsque sa vieillesse est acceptée, elle devient un être nouveau. Son défi est alors de garder une place sur Terre. Certes, elle a moins de contraintes et un mari moins dominant, mais que peut-elle faire de sa nouvelle liberté?

Avec ses enfants, ses rapports sont compliqués. Si elle a une fille, elle risque de se sentir sa rivale et de pousser cette dernière à la rébellion. Beauvoir dresse finalement un triste portrait de la femme âgée, jugeant rares celles qui agissent vraiment. Elle admet les défauts reprochés à la femme comédie, mesquinerie… mais dénonce surtout la situation qui la pousse à ces défauts.

Deux problèmes majeurs sont une entrave à son émancipation: Elle compense son ignorance par une admiration pour les hommes, par des superstitions , du fanatisme , un refus du changement. Les hommes sont responsables aussi, en ne donnant pas les moyens aux femmes de se libérer. Pour devenir essentielle, la femme fait de son monde accouchements… de grands événements. Dans la religion, les femmes sont poussées à se faire victimes, à se complaire, se résigner.

Beauvoir admet néanmoins que la vie de la femme moyenne comporte quelques avantages: Seule la bourgeoise, oisive convaincue de ses droits mais qui ne sait rien, reste très critiquée. Beauvoir analyse dans cette partie les attitudes que les femmes adoptent souvent pour fuir leur liberté. La femme est narcissiste principalement pour deux raisons: En se regardant, elle se fige dans la mauvaise foi. Elle ne peut surmonter une rupture que si elle a des projets.

Leurs mots, leur attitude sont sexuels. Elles se font objets, idoles. Une fonction féminine reste lourde à accepter: Elle est aussi moins instruite que les hommes. Une femme patronne est mal vue par les hommes et les femmes et doit toujours faire ses preuves. Beauvoir constate avec tristesse que les hommes restent les plus doués. En fait la situation des femmes écrivains est trop neuve pour permettre le génie.

Il leur manque encore la liberté concrète qui ouvre les portes du monde. Si la femme devenait autonome, tout le monde y gagnerait. Mais en , le passé pèse encore.

.

Sexe arabe le sexe voyeur

Peut-être l'ont-elles lue avec trop peu d'attention pour remarquer cette phrase: En gros nous avons gagné la partie. Non, nous n'avons pas gagné la partie. La révolution sociale ne suffira pas à résoudre nos problèmes. Ces problèmes concernent un peu plus de la moitié de l'humanité: Le dernier chapitre a pour titre "La femme indépendante". Cette idée, en , était propre à provoquer colères et moqueries.

Et plus encore le chapitre "La lesbienne". Ou bien cette phrase de la préface: On a connu François Mauriac plus raffiné que dans sa déclaration à un collaborateur des Temps modernes: C'est l'Ipéca qu'on nous ingurgitait quand nous étions enfants pour nous faire vomir. De tous côtés, Beauvoir est insultée, dénigrée, d'une manière qui, aujourd'hui, susciterait probablement des procès.

Même les hommes qui l'ont défendue avaient souvent un ton d'un paternalisme peu plaisant. Les communistes, eux, affirmaient que ce texte, écrit par une bourgeoise intellectuelle, était inutile, car il ne pouvait rien apporter aux ouvrières.

Comme souvent lorsqu'une femme prend la parole et s'affirme contre les conventions, on a aussi accusé Beauvoir d'être une frustrée, une mal-baisée. C'est pourtant une femme de 39 ans, amoureuse, qui a entrepris en ce travail. Elle vivait alors une histoire qu'elle a qualifiée de magique avec le romancier américain Nelson Algren, dont témoigne leur correspondance, Un amour transatlantique. Elle a raconté dans La Force des choses comment était né ce projet, lors d'une conversation avec Sartre en juillet Elle était alors tentée par l'autobiographie - Le Deuxième Sexe porte trace de ce désir.

Le deuxième sexe est toujours la référence de beaucoup de mouvements féministes: Le compagnonnage intellectuel intense avec Jean-Paul SARTRE, même si finalement il est difficile de disjoindre son apport de celui de Simone de BEAUVOIR, dans tous leurs ouvrages publiés séparément, ne doit pas faire oublier des différences philosophiques importantes entre l'existentialisme et la philosophie exposée ici.

Que le concept de Beauvoir semble être plus proche de celui de Japsers que de celui de Heidegger, telle est la conclusion la plus probable que nous pouvons formuler". Le deuxième sexe est divisé en deux tomes composés de trois et quatre parties trois parties pour le tome 1, quatre parties pour le tome 2, dans l'édition de ; quatre parties pour le tome 1, trois parties pour le tome 2, dans l'édition de Chaque tome comporte une Introduction.

Le deuxième tome comporte une assez longue conclusion. La pagination varie d'une édition à l'autre, comme d'ailleurs le volume des ouvrages. Nous découpons suivant l'édition de Dans l'Introduction du Tome 1 se trouve d'emblée posée la question ; Qu'est-ce qu'une femme? Et le livre s'articule tout entier sur son passé ou plutôt la représentation de son passé , son présent et son avenir.

Un homme n'aurait pas l'idée d'écrire un livre sur la situation singulière qu'occupent dans l'humanité les mâles". Le drame de la femme, c'est ce conflit entre la revendication fondamentale de tout sujet qui se pose toujours comme l'essentiel et les exigences d'une situation qui la constitue comme inessentielle.

Comment dans la condition féminine peut s'accomplir un être humain? Quelles voies lui sont ouvertes? Lesquelles aboutissent à des impasses?

Comment retrouver l'indépendance au sein de la dépendance? Quelles circonstances limitent la liberté de la femme et peut-elle les dépasser? Ce sont là les questions fondamentales que nous voudrions élucider. Au Chapitre premier sur les données de la biologie, elle établit, à partir des connaissances dans le monde animal, que l'homme et la femme sont égaux et symétriques. Mais surtout, l'humanité n'est pas seulement une espèce, c'est aussi une civilisation au seuil de laquelle la biologie soit s'arrêter.

Toutes les explications biologiques sont trop partielles pour fonder une définition de la femme. Il suppose "que la femme se sent un homme mutilé ; mais l'idée de mutilation implique une comparaison et une valorisation ; beaucoup de psychanalystes admettent aujourd'hui que la fillette regrette le pénis sans supposer cependant qu'elle en a été dépouillée ; ce regret même n'est pas si général; et il ne saurait naître d'une simple confrontation anatomique ; quantité de petites filles ne découvrent que tardivement la constitution masculine ; et, si elles le découvrent, c'est seulement par la vue ; le garçon a de son pénis une expérience vivante qui lui permet d'en tirer de l'orgueil, mais cet orgueil n'a pas un corrélatif immédiat dans l'humiliation de ses soeurs car celles-ci ne connaissent l'organe masculin que dans son extrémité Ce qu'elle reproche aux psychanalystes, c'est "qu'il y a chez eux un refus systématique de l'idée de choix et de la notion de valeur qui en est corrélative ; c'est là ce qui constitue la faiblesse intrinsèque du système.

Un long développement revient sur les phases de développement de l'humanité. Elle estime que l'exposé marxiste est brillant, mais pas tout à fait satisfaisant, car la femme y est vue à partir d'un point de vue strictement économique. Elle commence le premier des quatre chapitres non titrés , par le fait que "Ce monde a toujours appartenu aux mâles: C'est en reprenant à la lumière de la philosophie existentielle les données de la préhistoire et de l'ethnographie que nous pourrons comprendre comment la hiérarchie des sexes s'est établie.

Nous avons posé déjà que lorsque deux catégories humaines se trouvent en présence, chaque catégorie veut imposer à l'autre sa souveraineté ; si toutes deux sont à même de soutenir cette revendication, il se crée entre elles, soit dans l'hostilité, soit dans l'amitié, toujours dans la tension, une relation de réciprocité: On comprend donc que l'homme ait eu la volonté de dominer la femme: La femme ne possède pas, elle est possédée.

Nombreuses sont les lois dans le monde romain par exemple qui assujettissent la femme. Dans les mondes grec et égyptien de l'Antiquité, la femme est "réduite à un demi-esclavage", mais la femme romaine est plus émancipée, mais victime de misogynie et privée de l'éducation qui lui permettrait d'exercer sa liberté.

Elle souligne au début du chapitre III, que "l'évolution de la condition féminine ne s'est pas poursuivie continûment. Avec les grandes invasions, toute la civilisation est remise en question. Le droit romain lui-même subit l'influence d'une idéologie neuve: Sans doute y-a-t-il dans l'Evangile un souffle de charité qui s'étend aussi bien aux femmes qu'aux lépreux ; ce sont les petites gens, les esclaves et les femmes qui s'attachent le plus passionnément à la loi nouvelle.

Dans les tout premiers temps du christianisme, les femmes, quand elles se soumettaient au joug de l'Eglise, étaient relativement honorées Le rattachement du sexe féminin au péché et à la tentation. La littérature n'est pas tendre avec elle. Durant la Renaissance, les choses s'améliorent, mais dans des circonstances très diverses. C'est surtout dans la haute société la noblesse du XVIIème et du XVIIIème siècles que des femmes brillent intellectuellement et que dans l'ensemble l'instruction se diffuse.

Il n'en fut rien. Cette révolution bourgeoise fut respectueuse des institutions et des valeurs bourgeoises ; et elle fut faite à peu près exclusivement par les hommes.

Si la condition féminine s'améliore, ce qu'elle montre à travers l'histoire de la contraception et de l'avortement, la tradition de soumission et de résignation perdure longtemps. Le noeud de l'émancipation de la femme réside dans la convergence de deux facteurs: Suivant les situations différentes des pays, c'est surtout du début du XXème siècle au lendemain de la seconde guerre mondiale, que les femmes conquièrent les droits politiques droit de vote, droit de rassemblement Cette condition servait les intérêts économiques des mâles ; mais elle convenait aussi à leurs prétentions ontologiques et morales.

Dès que le sujet cherche à s'affirmer, l'Autre qui le limite et le nie lui est cependant nécessaire: C'est pourquoi la vie de l'homme n'est jamais plénitude et repos, elle est manque et mouvement, elle est lutte. En face de soi, l'homme rencontre la Nature ; il a prise sur elle, il tente de se l'approprier.

Mais elle ne saurait le combler. Ou bien elle ne se réalise que comme une opposition purement abstraite, elle est obstacle et demeure étrangère ; ou bien, elle subit passivement le désir de l'homme et se laisse assimiler par lui ; il ne la possède qu'en la consommant, c'est-à-dire en la détruisant.

Ce que le christianisme a renforcé la sainte chrétienne Dans tous les cas, la femme valorise l'homme, le reconnaît comme essentiel. Figure sensible de l'altérité, la femme est partout, symbolisant avec gloire des valeurs telles la liberté ou la victoire ; elle est associée à la terre et à la fertilité, à la douceur et à la protection.

Elle est, totalement, au service de l'homme. Sinon, elle est fausse et infidèle. La femme en arrive à être étrangère à elle-même, hantée par sa propre essence forgée par les hommes et entretenue par elle-même.

Le deuxième chapitre constitue une vaste illustration de ce qui précède. Un dernier petit chapitre clos cette partie dans l'édition de , où l'auteure se demande si le mythe féminin, si présent dans la littérature, est important dans la vie quotidienne, ce qui introduit directement le deuxième livre dans cette édition.

Dans l'édition de , la partie Formation constitue la dernière partie du Tome 1. Dans l'édition de , cette partie ouvre le tome 2. Dans l'introduction de cette partie, nous pouvons lire: Elevées par des femmes, au sein d'un monde féminin, leur destinée normale est le mariage qui les subordonne encore pratiquement à l'homme ; le prestige viril est bien loin de s'être effacé: Comment la femme fait-elle l'apprentissage de sa condition, comment l'éprouve t-elle, dans quel univers se trouve t-elle enfermée, quelles évasions lui sont permises, voilà ce que je chercherai à décrire.

Alors seulement nous pourrons comprendre quels problèmes se posent aux femmes qui, héritant d'un lourd passé, s'efforcent de forger un avenir nouveau. Quand j'emploie les mots "femme" ou "féminin" je ne me réfère évidemment à aucun archétype, à aucune immuable essence ; après la plupart de mes affirmations il faut sous-entendre "dans l'état actuel de l'éducation et des moeurs".

Il ne s'agit pas ici d'énoncer des vérités éternelles mais de décrire le fond commun sur lequel s'élève toute existence féminine singulière. Le premier chapitre sur l'Enfance commence par cette phrase: Pour comprendre comment une fille devient une femme, il faut considérer deux grands facteurs qui conduisent à une rapide infériorisation de la petite fille: C'est là qu'il arrive à la petite fille quand faisant l'apprentissage du monde elle s'y saisit comme une femme.

La sphère à laquelle elle appartient est de partout enfermée, limitée, dominée par l'univers mâle: Les dieux de l'homme sont dans un ciel si lointain qu'en vérité, pour lui, il n'y a pas de dieux: Le chapitre II sur La jeune fille poursuit sur la même lancée: Une fois pubère, l'avenir non seulement se rapproche: Détachée déjà de son passé d'enfant, le présent ne lui apparaît que comme une transition: D'une manière plus ou moins déguisée, sa jeunesse se consume dans l'attente.

Et surtout dans la manière dont chaque sexe de projette dans l'avenir. Le chapitre III porte sur L'initiation sexuelle. Il y a un apprentissage théorique et pratique qui se poursuit de manière continue depuis les phases orale, anale, génitale, jusqu'à l'âge adulte. Mais les expériences érotiques de la jeune fille ne sont pas un simple prolongement de ses activités sexuelles antérieures ; elles ont très souvent un caractère imprévu et brutal ; elles constituent toujours un événement neuf qui crée une rupture avec le passé.

En certains cas, la crise se résout avec aisance ; il y a des conjectures tragiques où elle ne se liquide que par le suicide ou la folie. De toute manière, la femme, par la manière dont elle y réagit, engage une grande partie de sa destinée. La jeune femme est aliénée dans son corps, par la pénétration et la douleur, car elle connaît mal son vagin, donc ses désirs, alors que l'homme impétueux est dans le contrôle.


le deuxieme sexe idee sexe

...